Interview de l’Ambassadeur de France au quotidien chypriote O Phileleftheros [el]

L’Ambassadeur de France à Chypre, M. René Troccaz, a accordé une interview au quotidien chypriote O’Phileleftheros, qui est parue le dimanche 27 mars.

1. Quelles sont vos premières expériences à Chypre depuis quelques semaines que vous êtes ici ?

J’ai eu depuis mon arrivée une activité intense. J’ai présenté mes lettres de créances au Président Anastasiades quelques jours après mon arrivée. J’ai rendu visite au Président de l’assemblée nationale, à l’archevêque Mgr Chrysostomos II, à plusieurs Ministres, aux Présidents du DISY et de l’AKEL, au Procureur général et à beaucoup d’autres personnalités. Et puis la semaine de mon arrivée, j’ai souhaité rendre visite à votre journal, le « Philelefthéros » où nous avons passé une matinée d’échanges très intéressante et utile. Nous avons également eu la venue du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, M. Harlem Désir, les 25 et 27 février derniers pour participer à la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays méditerranéens de l’Union Européenne sous présidence chypriote.

Et puis j’ai participé comme toute l’Ambassade à plusieurs opérations importantes : l’opération « Goût de France » le 21 mars, pour célébrer la gastronomie française, l’inauguration de l’exposition de Josef Koudelka à Limassol, le 22 mars. Le mois dernier nous avons créé un compte Facebook de l’Ambassade de France pour être plus présents sur les réseaux sociaux, auprès du public chypriote.

J’ai encore beaucoup à découvrir et beaucoup de gens à rencontrer. C’est une perspective très stimulante, surtout quand on a la chance de représenter la France dans un pays aussi accueillant que Chypre.

2. Vous êtes arrivé à Chypre à un moment critique des évolutions de la question de Chypre. De vos contacts jusqu’à ce jour, quel est votre sentiment ?
Est-ce qu’il y a de la volonté pour le règlement ou les deux côté négocient juste pour négocier ?

Il y a manifestement une volonté résolue du Président Anastasiades et du chef de la communauté chypriote turque de mettre fin à cette division anachronique de l’île qui ne profite à personne. Saisir cette opportunité requerra de travailler dur, ce que font aujourd’hui les deux parties, au niveau des dirigeants comme des négociateurs et de leurs équipes. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer les difficultés, après 40 années de séparation, tant au niveau du processus lui-même que dans l’esprit des Chypriotes, qui devront être convaincus du bien-fondé de la solution qui leur sera proposée. A cet égard, les rapprochements au niveau de la société civile sont importants, qu’ils s’agissent du dialogue inter-religieux, des contacts entre les partis politiques, les cercles d’affaires, les municipalités de Nicosie et de Famagouste, du Comité pour les personnes disparues ou des échanges sur les questions culturelles et de patrimoine. Davantage pourrait sans doute être fait, dans le milieu du sport par exemple.

Ce qui est certain c’est que la réunification de l’île profiterait à toute la population dans tous les domaines, économiques, politiques, diplomatique, sécuritaire… Elle profiterait à l’Union Européenne et à l’ensemble d’une région qui est soumise à des tensions importantes. Elle permettrait à Chypre de reprendre pleinement sa place alors qu’aujourd’hui, la division est une entrave à son développement économique, politique ou diplomatique.

3. Est-ce que la France en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU a et peut jouer un certain rôle aux efforts pour le règlement ?

Nous le jouons le déjà. Dans ce cadre, la France a toujours défendu la légalité internationale à laquelle nous sommes très attentifs. Tous les 6 mois nous débattons au Conseil de Sécurité du renouvellement du mandat de la FNUCHYP. Nous consultons toutes les parties, nous échangeons avec elles, nous passons des messages. Et surtout nous soutenons ce processus, les dirigeants qui le mènent et le Conseiller Spécial, M. Espen Barth Eide, dont les efforts sont importants en ce sens.

4. La France, en tant que pays-ami de Chypre, qu’est-ce qu’elle pourrait faire d’autre pour contribuer aux efforts du règlement de la question de Chypre ?

L’essentiel c’est qu’effectivement la France agit comme ami de Chypre depuis 42 ans. Mais sur le fond, c’est aux Chypriotes à travailler ensemble pour la réunification. La négociation appartient aux Chypriotes et à eux seuls. Pour notre part, nous nous tenons à leur disposition pour contribuer là où ce serait utile, au-delà de ce que nous faisons déjà.

5. A votre avis, quel est l’importance de l’UE en ce qui concerne la forme finale du règlement de la question de Chypre ?

Chypre fait intégralement partie de l’UE, seul l’acquis est suspendu dans le Nord de l’île et cette suspension a vocation à prendre fin avec la réunification. C’est pour cela que la France a soutenu l’idée d’un règlement politique compatible avec l’acquis communautaire et l’engagement de la Commission Européenne dans les négociations, en soutien aux efforts déployés par les Nations Unies et les parties. Il est crucial de préparer le terrain en amont de la réunification pour faire en sorte que la communauté chypriote-turque puisse enfin rejoindre pleinement la grande famille européenne. C’est le sens des travaux du Comité bicommunautaire ad-hoc sur l’acquis communautaire, créé en 2015, et dont la France soutient pleinement les efforts.

6. Au niveau bilatéral, les relations entre Chypre et la France se sont beaucoup améliorées ces dernières années. Quelles sont les perspectives pour l’avenir ?

La France a de longue date des relations privilégiées avec Chypre dans de multiples secteurs : politiques, diplomatiques, culturels, sécurité. Notre souhait est qu’elles se densifient encore, par exemple dans les secteurs économiques, et notamment celui du tourisme, où nos opérateurs comme nos institutions ont une expérience mondialement reconnue. Je suis persuadé que davantage de Chypriotes pourraient se rendre en France et davantage de Français à Chypre et cela passe par une coopération accrue et davantage d’échanges entre nos deux pays, qui sont des destinations touristiques majeures et ne se font pas concurrence.

7. Quelle est l’importance du secteur des hydrocarbures à l’amélioration de ces relations ?

C’est un aspect important de nos relations. Au niveau économique, bien sûr, avec l’implication d’opérateurs français majeurs, dans la prospection mais également la formation des cadres chypriotes. Au niveau stratégique également, notamment parce que ces ressources se trouvent dans une région importante pour la stabilité européenne.

8. Est-ce qu’il y a de perspective pour une coopération militaire entre nos deux pays ?

Nous avons déjà une coopération militaire importante et ancienne. La France a été le premier pays à fournir des armes à la République de Chypre au lendemain de son indépendance, ce qui était un geste politique fort. Aujourd’hui, nous coopérons étroitement avec la Garde Nationale et les institutions de sécurité chypriotes et la France, comme Chypre, souhaite approfondir cette coopération.

9. Comment la situation dans la région de la Méditerranée de l’est influence-t-elle les relations entre les Etats et plus précisément entre Chypre et la France ?

La situation régionale, et notamment le développement du terrorisme en Syrie et en Irak, dont les métastases ont terriblement frappé la France en 2015 et la Belgique cette année, mais également d’autres pays appelle une solidarité forte entre les pays et les peuples qui partagent les mêmes valeurs. Chypre s’est immédiatement solidarisée avec la France aux lendemains des attentats de 2015 et nous soutient concrètement dans notre lutte contre le terrorisme, notamment en permettant à nos navires et à nos avions présents dans la zone de faire escale lorsqu’ils en ont besoin. L’adversité face à la barbarie rend notre amitié plus forte.

Le développement des flux de migrants et de réfugiés vers l’Europe représente un autre défi, qui a été au centre des Sommets UE-Turquie de mars 2016. Là encore, notre compréhension commune des défis que ces flux soulèvent et de la nécessité de travailler avec la Turquie a permis d’avancer vers des solutions acceptable et qui, je l’espère, permettront de pallier ce phénomène directement lié au conflit syrien.

10. Quel est le rôle que Chypre pourrait jouer aux efforts du règlement des problèmes de la région ?

Chypre est le pays européen le plus proche géographiquement du Moyen Orient. Le développement de ses relations avec les pays de la région représente donc une contribution très utile au renforcement de la stabilité dans cette zone et au développement de la diplomatie européenne à son égard. De ce point de vue, Chypre a une contribution utile à apporter et pourrait encore davantage la mettre en valeur avec le règlement de question chypriote, qui renforcerait considérablement son positionnement géostratégique et son rôle dans le rétablissement de la paix dans la région.

http://www.philenews.com/el-gr/top-stories/885/305659/gallos-presvis-stirixi-stin-emploki-ee

publié le 01/04/2016

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