Interview de Jean-Marc Ayrault au quotidien chypriote O’ Phileleftheros (25 octobre 2016) [el] [tr]

Le Ministre français des Affaires étrangères et du Développement international a répondu aux questions du journal chypriote O’Phileleftheros dans une interview exclusive publiée le jour de sa visite à Chypre.

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"Is your visit in Cyprus related to the latest developments concerning the Cyprus problem ? France is an EU member-state, as well as one of the five permanent members of the Security Council. Which role do you aim to have in Cyprus, either as an EU member state or a member of International Organisations ?

Cette visite à Chypre est pour moi importante à deux titres. Tout d’abord, parce que nos pays ont une grande proximité, une relation bilatérale dense et un dialogue politique intense, sur l’Union européenne, sur les grandes questions internationales ou régionales. Nous allons signer aujourd’hui avec mon ami Ioannis Kasoulides des accords qui contribuent à affermir encore davantage cette relation. Ensuite, parce que nous suivons avec attention la manière dont se déroulent les pourparlers pour la réunification de l’île de Chypre. Les dirigeants des communautés, avec leurs négociateurs, font un travail remarquable, qui doit être soutenu et mené à son terme. Le Président de la République a eu l’occasion de le dire au Président Anastasiades lors de sa visite à Paris le 28 septembre dernier. Je souhaite par ma présence encourager les deux communautés à trouver une solution à cette division qui n’a que trop duré.
Vous avez raison de noter que la France a cette particularité d’être à la fois membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et Etat fondateur de l’UE. Cela lui donne une responsabilité particulière, qu’elle assume pleinement. C’est pour cela que la France a toujours accompagné Chypre dans le règlement de la question chypriote et à être pleinement engagée en Europe. Chypre réunifiée doit pouvoir disposer d’institutions solides, dont l’équilibre général devra être décidé d’abord et avant tout par les Chypriotes eux-mêmes.

There is a debate in Cyprus currently concerning the issue of Security. Do you think that a member-state of the EU, a modern state, requires guarantors from third countries and the presence of foreign military ?

Là aussi, il revient aux Chypriotes de décider ce qui est bon pour leur sécurité. L’essentiel, comme le disent les dirigeants chypriotes eux-mêmes, est que les deux communautés se sentent en sécurité dans le nouvel Etat qui sera le leur. Lorsque le système des garanties de sécurité a été mis en place à Chypre en 1960, le monde était différent de celui dans lequel nous sommes aujourd’hui. Les menaces ont profondément évolué.
Par exemple, en Méditerranée orientale, les Etats font face à des défis sécuritaires sans précédent avec le terrorisme, les trafics, mais également les migrations. Dans une région aussi sensible, à la frontière extérieure de l’UE, l’architecture de sécurité à venir devra tenir compte de tous ces enjeux, comme de la nécessité de respecter les droits et libertés et de protéger les citoyens.

You have visited Greece and Turkey before Cyprus, what have you discussed in relation to the Cyprus issue ?

La question chypriote a bien entendu été évoquée avec mes interlocuteurs. Je leur ai rappelé que la France soutient les négociations et souhaite que le règlement qui sera trouvé soit conforme aux paramètres définis par l’ONU, respecte l’acquis communautaire, et les traités européens. Je salue à ce titre le travail accompli par le Comité bi-communautaire. A Ankara et à Athènes, où j’ai eu des entretiens approfondis, les échanges ont également porté sur la position de ces deux partenaires directement concernés par le système mis en place en 1960.
La France n’est pas une puissance garante, mais elle est une fidèle alliée de Chypre. Elle est disposée à participer à la réflexion sur cette question cruciale de la sécurité car au sein de l’Union européenne, aucune communauté ne doit se sentir menacée, alors que la sécurité des citoyens de l’Union constitue justement l’une des préoccupations principales de nos chefs d’Etats et de gouvernement.

France is also interested in the energy resources found in Cyprus. Do you think that the region has the potential to become a hub for Energy ? TOTAL offers France the opportunity to be present in the region.

La découverte de réserves d’hydrocarbures dans le sous-sol de la Zone économique exclusive de Chypre ouvre des perspectives économiques prometteuses. Les entreprises françaises sont naturellement disponibles pour apporter leur savoir-faire et leur expérience aux acteurs chypriotes impliqués dans l’exploration, l’exploitation et la commercialisation de ces ressources.
La France ne peut que soutenir tout ce qui contribue à la prospérité à venir de Chypre comme à la sécurité de son approvisionnement énergétique et de celle de l’Europe.

In what areas can our countries have bi-lateral relations ?

Nos relations bilatérales touchent à tous les secteurs d’activité : politique, économie, sécurité, défense, culture, recherche scientifique, enseignement du français… Elles se concrétisent et se renforcent encore à travers les accords bilatéraux que je suis venu signer : la feuille de route stratégique, un accord de coopération culturelle, un accord en matière de sécurité civile.

What are your speculations in relation to the developments in the region (e.g Syria) ?

Je l’ai dit, la Méditerranée Orientale connaît depuis de nombreuses années des défis majeurs qui s’ajoutent à la situation déjà complexe de la région. Mais, en même temps, des lueurs d’espoir apparaissent. Les négociations inter-chypriotes en font partie, car les deux dirigeants sont parvenus à des progrès importants. Une solution au problème chypriote aurait un impact régional positif. Chypre s’est rapprochée de plusieurs Etats voisins, dont Israël, l’Egypte et la Jordanie. La réunification sera bénéfique au renforcement de ces relations et fera avancer la cause de la paix.

The EU is a target of severe criticism for its politics. Can it change ? Can it become more socially/humanly-oriented ?

Il est indéniable que l’Union européenne est confrontée à une crise de confiance qu’il faut prendre très au sérieux. Les populistes ont décidé de faire de l’Europe un bouc-émissaire. Cela permet de cacher qu’ils n’ont en fait aucune proposition crédible. Je fais partie de ceux qui demeurent convaincus que l’Europe est une partie de la solution aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il faut en apporter la preuve par des réponses concrètes. Il faut, ensemble, construire la prospérité européenne de demain en tenant mieux compte, aussi, de la dimension sociale. La France souhaite y travailler, avec tous ses partenaires.

publié le 27/10/2016

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